2. - Un peu d'histoire... suite...

Le début de l'aventure sous-marine de Michel, une histoire peu banale.

HISTOIRE

Danielle Alary

12/30/20254 min read

Le hasard fait souvent bien les choses. Ajoutons le carburant qu’est la passion et nous obtenons un alignement des planètes qui produit, quelquefois, de petits miracles, ou qui influence durablement le cours d’une vie. Récit.

(Saint-Georges — 1974) Imaginez Saint-Georges de Beauce au milieu des années 70; une petite ville d’une vingtaine de milliers d’habitants. Typique de la région et contrairement à d’autres villes semblables, elle n’est pas mono-industrielle ; elle compte plutôt des dizaines de PME. Cet entrepreneuriat a aussi à voir avec notre histoire d’aujourd’hui.

Il était une fois un étudiant de CÉGEP. Un jour, en passant devant la bibliothèque, il remarque un livre tout neuf dans la vitrine : La plongée sous-marine pour tous et pour toutes de Serge Brideron. Le jeune homme entre derechef et emprunte le bouquin.

Il le dévore et pendant deux semestres, renouvelant le prêt à l’échéance des quinze jours statutaires. Ce n’est pas une simple lecture ; c’est un apprentissage. Bientôt, notre lecteur connaît littéralement par cœur le contenu de l’ouvrage.

L’été qui suit est déterminant dans le début de l’aventure d’une vie.

Le livre qui a tant inspiré Michel. L'ouvrage de vulgarisation convenait parfaitement au néophyte qu'il était.

Au fil des pages le jeune passionné apprend les bases de la plongée, y inclus les éléments de physique et de physiologie nécessaires aux débutants. Ces notions ne font qu'amplifier une passion née dès le plus jeune âge de ce jeune riverain.

Un jeune né aux abords d'une rivière développe naturellement une curiosité pour les espèces qui y vivent.

Dès son plus jeune âge Michel cherche à mieux connaître ce milieu, inspiré par des séries télévisées et des lectures.

La vitre brisée

Le jeune homme s’adonne, depuis quelques étés, à la pratique de la plongée en apnée dans un lac des environs, le « célèbre » lac Raquette. Avec son meilleur ami, il fréquente l’endroit de la fin mai jusqu’au mois de septembre. En juin, ils explorent les frayères d’achigan à petite bouche.

Chez cette espèce, le mâle prépare un nid circulaire dans moins d’un mètre d’eau. Pour attirer une femelle, il nettoie les sédiments pour ne laisser paraître qu’une couche de gravier formée de tout petits cailloux.

Une fois les œufs fécondés, c’est lui qui assume le rôle de gardien, aérant les œufs de fébriles coups de queue. Selon la température de l’eau, soit entre 15C et 22C, les alevins apparaissent au bout de trois à dix jours.

Or, cet été-là, le meilleur ami de notre avide lecteur fend la vitre de son masque. Cet incident marque l’histoire… la toute petite histoire.

Le jeune étudiant se rend à Québec, une ville située à 100 km de Saint-Georges. Dans une boutique nouvellement établie, il s’enquiert de la possibilité de remplacer la vitre du masque… mais cela n’est pas possible.

Il demande aussi au vendeur s’il donne des cours de plongée. La réponse est positive, mais comme ceux-ci se déroulent en semaine dès l’automne, il n’est pas question que l’étudiant sacrifie ses soirées d’étude pour venir suivre un cours.

L’entrepreneuriat beauceron

Pendant l’heure du trajet vers son domicile, tout en conduisant une Ford Fairlaine 1963 dont la carrosserie exhibe des lambeaux de rouille dignes de l’épave du Titanic, une idée germe dans la tête de ce Beauceron.

S’il n’y a pas possibilité de venir à Québec pour suivre un cours en semaine, pourquoi ne pas en donner un dans la Beauce sur fin de semaine. Dès son arrivée à la maison (les cellulaires n’étaient même pas un projet à l’époque), le jeune homme appelle le boutiquier : « Combien demandes-tu pour venir donner un cours en Beauce ? Tu ne fais qu’enseigner, je m’occupe du reste. »

Début septembre, « l’entrepreneur » en devenir  rappelle le boutiquier pour lui dire que les cours peuvent débuter au milieu du mois.

Au mois de février suivant, les quinze participants qui ont suivi le cours de la nouvelle école s'immergent sous 1 m de glace. Ils complètent ainsi les trois plongées de familiarisation obligatoires pour l’obtention du brevet.

Notre étudiant poursuit sa formation et devient aide-instructeur et apprend à gérer son école de plongée.

Il aura donc démarré une école pour obtenir le brevet qu’il désirait; la nécessité est vraiment la mère de l’invention.

C’est ainsi que Michel débute une aventure qui dure jusqu’à ce jour et qui le mènera bien plus loin qu’il ne le croyait. Tels ses héros Lloyd Bridges dans la série Remous (Sea Hunt*) et Jacques-Yves Cousteau** avec ses films diffusés aux
« Beaux dimanches » à Radio-Canada, il commence à explorer un monde dont il rêvait dès son plus jeune âge en regardant les poissons nager dans la rivière Chaudière.

* Voir : https://www.youtube.com/playlist?list=PLyQ29uBk6Pygsrnc-F8UBf7zsC_gAb5hq

** Voir : https://www.youtube.com/watch?v=cN2sMrnMEmA